"
PENSEES " A PROPOS DE LA BEAUTE ET DE L'ART.
Pour
appréhender les effets que la beauté exerce sur
nous... il nous faut prendre conscience, du rôle que joue
la pensée dans notre vie.
Les
grecs appelaient la pensée, la dianoïa. Le préfixe
« dia » évoque la division, la dualité.
Les grecs déclaraient : « Lorsque l’homme pense,
il se dédouble, il est en suspension, il interrompt l’action
en cour. »
Pascal disait : « Que chacun examine ses pensées,
il les trouvera toutes occupées au passé et à
l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin.
Dans ses pensées l’homme espère vivre heureux,
il est inévitable qu’il ne le soit jamais, car il
oublie de vivre le présent. »
Essayons
d'interpréter. Imaginez que vous êtes au volant d’une
voiture. La conduite du véhicule nécessite toute
votre attention. Vous devez être vigilant pour éviter
les obstacles et rester sur la chaussée. Mais si vous vous
observez durant la conduite, vous vous apercevrez que vous êtes
en train de penser. Vous pensez à votre femme, à
votre mari, à la discussion que vous avez eu avec votre
patron, à vos prochaines vacances… Nous pensons tout
le temps. Les images défilent dans notre tête. C’est
comme si on consultait un album photos, ou chaque cliché
est un événement passé, ou à
venir.
Mais pendant ce temps, la voiture continue de rouler. Le fait
de penser, nous distrait de notre activité en cour : la
conduite. La pensée nous empêche de profiter et de
vivre l’instant présent. Les sensations et
les émotions que pourrait nous procurer la conduite de
la voiture, sensation de vitesse, d’accélération...
sont refoulées et remplacées par des émotions
" virtuelles " déclenchées par les pensées...
par les images qui défilent.
La pensée nous maintient hors du présent, la
pensée nous empêche de vivre pleinement nos actions.
Vous
êtes toujours au volant de votre voiture, sur la route des
plages entre Carnon et Palavas, le soleil est sur le point de
disparaître derrière la Gardiole, un vol de flamants
roses décrit des courbes au dessus des étangs.
Vous rangez votre véhicule sur le bas coté, et vous
contemplez le paysage. Les couleurs, la lumière qui se
reflète sur l’eau, le mouvement gracieux des oiseaux...
tous ces éléments déclenchent en vous, un
sentiment de bien être et de plénitude.
Pendant un laps de temps, ces éléments du paysage
ont capté votre attention... pendant un moment il n’y
avait plus d’album photos, plus d’images... plus
de pensées. Pendant un instant, votre esprit et votre
corps étaient totalement réceptifs. Pendant un moment
la beauté vous à "ramené à la
vie" (au présent)... c’est ce qui a provoqué
cette sensation de bonheur et de bien être.
La
beauté, est un état déclenché par
un élément extérieur, un état où
notre esprit est totalement réceptif... captivé
et occupé à détailler cet élément...
où nos pensées se taisent.
Cela ne veut pas dire, qu’alors l’homme devient un
légume... au contraire. C’est lorsque l’homme
pense, qu’il est végétatif... lorsque son
esprit est encombré de pensées, il n’est plus
capable de ressentir, il n’est plus réactif, il est
prisonnier du temps... puisqu’il se projète dans
le passé ou dans l’avenir.
Nietzsche disait : « on ne peut éprouver une émotion,
qu’entre deux pensées...»
La
beauté en éliminant momentanément nos pensées...
nous rend plus réceptif, plus attentif, plus réactif.
La beauté nous libère du temps, de notre passé,
de nos angoisses, de notre conditionnement, de notre culture,
de notre volonté... car toutes ces notions... sont des
pensées.
Platon
déclarait : « Philosopher, c’est contempler
avec étonnement.»
Lorsque l’on est étonné, on est bouche bée...
on a plus rien à dire... plus rien à penser.
C'est
ici que l'acte de philosopher, et la perception de la beauté,
se rejoingnent... dans cet instant furtif, où l'homme contemple
le monde... sans interpréter... sans penser. Il perçoit
alors "ce qui est"... "La Vérité".
Platon ajoutait « Lorsque l’homme se contemple avec
étonnement, il découvre ce qu’il est. Lorsque
l’homme applique ce même regard aux autres hommes,
il découvre qu’ils ne sont pas ce qu’ils devraient
être. » L’homme découvre son humanité.
Ceci nous ramène à l’expérience esthétique
de Kant et de Schiller.
« C’est par la beauté que les hommes découvriront
leur humanité. »
Si
l’Art a une fonction, c’est de mettre l’homme
dans cet état: " l’état esthétique
".
Mais l’Art ne doit transmettre aucuns enseignements,
aucunes valeurs... de même, l’homme ne doit donner
aucunes significations à l’Art, au nom de je ne sais
quelle culture légitime... car tous ses éléments
s’adressent à la pensée. L’homme quitte
alors, l'état esthétique pour penser... il n'est
plus réceptif, il n'est plus connecté au présent...
puisque les valeurs, les significations, les interprétations
n'existent après coup, que par la pensée et pour
la pensée.
L’homme
par ses pensées donne une signification à tous ce
qui l’entoure, ça le rassure... mais ce ne sont que
des rêves... qui occultent le présent.
Kandinsky
faisait un parallèle entre la musique et la peinture. La
musique ne nous enseigne rien, ne nous transmet aucunes valeurs,
mais elle nous procure de belles émotions... c’est
la seule chose qui importe.
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L'
Art doit émerveiller les hommes.
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